Vous avez dit « Doula » ?

Vous avez dit « Doula » ?

Lorsque je parle des doulas à mon entourage, j’ai beaucoup de questions : « c’est qui ? », « à quoi sert-elle ? », « c’est comme une sage-femme, non ? ». Pour répondre à ces questions, je me suis dit que le mieux était de les poser à une doula expérimentée.

J’ai eu la chance de participer le weekend dernier aux Journées des Doulas de France. J’y ai rencontré de très belles personnes, dont des doulas et des futures doulas. Je vous propose donc l’interview d’Amandine, doula et membre de l’Association des doulas de France.

Bonne lecture 🙂 !

Pouvez-vous vous présenter et présenter l’Association Doulas de France ?

Je suis Amandine, mère de deux filles nées en 2008 et 2011. J’accompagne les mères et les couples de façon informelle depuis  2010 ; c’est également à cette période que j’ai commencé à m’investir dans le soutien à la parentalité en animant des rencontres autour de différents thèmes, notamment l’éducation positive, dans le cadre associatif. Je me suis formée auprès de l’Institut Doulas de France en 2013. Depuis, j’accompagne trois à quatre couples par an dans la continuité, de la grossesse aux premiers mois avec leur bébé, et de nombreux autres couples de façon plus ponctuelle.

L’association Doulas de France est une association professionnelle fondée en 2006. Elle œuvre au développement et à la reconnaissance du métier de doula au niveau local, régional, national et international. Elle travaille également en faveur de l’humanisation dans les domaines de la naissance et de la petite enfance en général.

Qu’est-ce qu’une doula et à quoi/qui sert-elle ?

La doula accompagne et  soutient la future mère et son entourage pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale, grâce à son expérience et à sa formation, et cela uniquement en complément du suivi médical choisi par les parents (hôpital, clinique, sage-femme libérale…). Elle accompagne sans discrimination liée aux origines, à la religion ou à la préférence sexuelle des parents. Une doula n’a pas de fonction médicale, elle n’est pas thérapeute. Elle soutient le travail des sages-femmes.

L’accompagnement par une doula permet une réduction importante du taux de césariennes (-50%), du temps de travail (-25), du recours à la péridurale (-60%) et aux autres analgésiques (-30%) et de l’utilisation de forceps (-40%). La présence d’une doula auprès du couple influe aussi très positivement sur le ressenti de l’accouchement, et ce quel que soit son déroulement.

Quand faire appel à une doula ? Dès le début de la grossesse, pour la préparation à l’accouchement ou après la naissance ?

Il est possible de faire appel à une doula dès que le besoin se fait sentir : il n’est jamais trop tôt ou trop tard !

Dans la période de pré-conception, la doula peut accompagner le couple dans ses choix et sa réflexion. En cas de parcours PMA, son écoute sera précieuse. Dès le début de la grossesse, elle peut accueillir les doutes ou les angoisses diverses du premier trimestre ; informer les parents sur les différents types de suivis qui s’offrent à eux. Tout au long de la grossesse, son rôle d’information et de soutien est primordial ; elle peut accueillir les émotions, proposer des outils pour favoriser le bien-être de la mère ; en cas de résultat inquiétant lors d’un examen, elle peut partager aux parents des sources d’information fiable ou les aider à se mettre en lien avec d’autres parents ayant traversé des difficultés similaires. Lors de l’accouchement, la doula permet à la femme qui accouche de garder confiance en son corps et en ses capacité et à son ou sa partenaire de trouver sa place à ses côtés pour la soutenir. Enfin, après la naissance, la doula apporte, en plus du soutien émotionnel, une aide qui peut être logistique et pratique : aide au démarrage de l’allaitement, information sur les besoins du nouveau-né en accord les choix des parents, préparation d’un repas, coup de main pour l’entretien de la maison…

La doula ne propose pas de « préparation à la naissance », puisque ceci fait partie du rôle de la sage-femme. Cependant, elle aide bien sûr les parents à se projeter dans le type de naissance qu’ils souhaitent pour leur enfant, à choisir le lieu de naissance qui leur permettra de vivre un accouchement au plus proche de leurs souhaits, à préparer un projet de naissance si besoin…

Où peut-on trouver une doula ? Comment se passent les rendez-vous ?

Les doulas adhérentes de l’association Doulas de France (signataire de la charte de l’association https://doulas.info/association/charte/ et ayant suivi le cursus de base https://doulas.info/devenir-doula/formation/cursus/ auprès du ou des organismes de formation de leur choix) sont référencées dans l’annuaire du site https://doulas.info/annuaire/. Les rendez-vous se passent généralement au domicile des parents, et durent un minimum de 2h. L’écoute et l’accueil des émotions et des besoins des parents sont au cœur des échanges avec la doula. Selon la situation, la doula pourra donner de l’information, proposer un moment de détente ou un massage, accompagner les parents dans l’élaboration de leur projet de naissance…  La forme et la fréquence des rencontres dépendront donc des demandes des parents.

Quelles sont ses limites d’action et d’information ?

L’accompagnement par une doula dans la philosophie de l’association Doulas de France se situe dans un cadre non-médical et non-thérapeutique. La doula orientera donc les parents vers un.e autre professionnel.le si elle sent que certains de leurs besoins dépassent ce cadre.

Est-ce qu’une doula est « utile » pour toutes les grossesses (même à risque) et tous les types d’accouchements ? (physiologique, à la maison, médicalisé, en maternité, lors d’une césarienne programmée…)

Bien sûr !

La doula est d’ailleurs particulièrement utile pour les grossesses dites « à risques », car dans ce type de contexte, le suivi médical sera souvent très centré sur les « risques » quels qu’ils soient, et laissera peu de place aux besoins émotionnels des parents, qui sont d’autant plus importants quand la situation est anxiogène. Sur le plan pratique, la doula peut également accompagner les parents aux divers rendez-vous (généticien.ne par exemple) et prendre des notes pour les aider à ne passer à côté d’aucune information importante.

La doula a aussi sa place pour tout type d’accouchement. Lors d’une naissance à la maison, la doula est présente pour soutenir la femme qui accouche, aux côtés de la sage-femme.  Lors d’un accouchement en structure, quel que soit le degré de médicalisation, la doula accompagne les parents tout au long du processus de la naissance, elle peut être un point de repère dans l’environnement peu familier de la maternité.  De même en cas de césarienne, programmée ou non.

Que peut apporter une doula en plus du compagnon ou de la compagne lors de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum ? Comment ne pas l’exclure ?

Durant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale, le compagnon ou la compagne vit également une période très intense émotionnellement, riche en questionnements et, parfois, en remises en question. Il ou elle porte souvent la charge importante de soutenir sa compagne et peut être amené.e à laisser de côté ce qu’il ou elle vit.

La doula est une personne extérieure au couple, impliquée dans son histoire puisque présente idéalement dans la continuité, mais capable de ne pas se laisser emporter par l’émotionnel et donc de garder un regard professionnel.

Aux parents qui me demandent quelle sera mon rôle durant l’accouchement « par rapport au papa », je réponds qu’il est de permettre au père de prendre toute la place qu’il souhaite prendre, de lui donner, en amont et au moment de la naissance, tous les outils dont il pourrait avoir besoin pour se sentir à sa juste place. Mon objectif est que les parents se souviennent à quel point ils ont vécu cette expérience ensemble : ma présence est un soutien, qui peut être précieux, mais à mon sens, ne doit pas prendre de place au premier plan.

Combien coûtent les services d’une doula ? Et comment lever l’idée qu’une doula « coûte cher » (puisque non remboursée comme les consultations de sage-femme ou obstétricien) par rapport au service qu’elle rend à la femme et à sa famille ?

Le tarif pour un rendez-vous unique avec une doula est de 40 à 70€. Pour un accompagnement dans la continuité, incluant une dizaine de rencontres en pré et postnatal et une présence à la naissance, le coût moyen est de 600€.

Il s’agit de sommes importantes pour la plupart des familles. J’invite les parents à relativiser ces sommes en tenant compte du tarif horaire réel de la doula (qui se situe entre 10 et 15€ de l’heure, un montant plutôt bas pour du service à la personne) et du bénéfice pour le couple (être soutenu, accompagné dans ses choix dans la bienveillance, bénéficier d’une écoute de qualité et de la présence d’une professionnelle formée à tous les moments cruciaux de la grossesse et de l’accueil d’un enfant, c’est en réalité inestimable…). Il s’agit pour les parents d’un investissement pour leur bien-être présent et futur.  

Pourquoi les doulas sont-elles souvent mal « reçues » dans les maternités ?

Le rôle de la doula est encore peu connu en France : il y a donc parfois de la méfiance de la part des professionnels de santé, qui craignent que la doula en salle de naissance donne des instructions non-adaptées à la femme qui accouche, s’oppose à leurs recommandations… Bien sûr, tout ceci se base sur des représentations complètement erronées de ce que la doula fait réellement auprès des parents. Aujourd’hui, les portes des salles de naissance s’ouvrent de plus en plus, grâce au dialogue et à l’éthique.

L’association Doulas de France a notamment mis en place un « projet pilote » sous forme d’un questionnaire à remplir par les parents et les professionnels de santé ayant été en contact avec une doula au cours d’un accompagnement. Ce type d’initiative, montrant notre volonté de rester à l’écoute des ressentis de chacun, est perçue très positivement par les équipes soignantes et contribuera, nous l’espérons, à faciliter l’accès des doulas aux salles de naissances quand les parents le souhaitent.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous aux futurs parents qui hésitent à faire appel à une doula ?

En tant que doula, je ne donne pas de conseils… 😉

Cependant, si des futurs parents hésitent à faire appel à une de mes consœurs, je leur demanderais si leur frein est financier (la dépense engagée peut sembler importante, même si le salaire perçu par une doula est en réalité plutôt faible au regard du temps passé et de l’investissement personnel) ou si ils ont des difficultés à s’autoriser ce « luxe » (en France, il n’est pas courant de demander de l’aide ou du soutien, a fortiori avant d’en avoir besoin – pourtant, c’est souvent en étant soutenu en amont que tout se passe bien).

Et je leur proposerais certainement de contacter une ou plusieurs doulas dans leur secteur pour se faire une idée : libre à eux ensuite de poursuivre une démarche d’accompagnement ou pas !

Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à les poser en commentaire, je me ferai une joie d’y répondre !

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